KORU le blog de Ka Hora

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Professions juridiques

Les professions juridiques issues du même creuset universitaire ont façonné leurs différences au gré de leur pratique. Elles ont des similitudes et des oppositions étonnantes et les grandes lignes de partage de ces mondes ne passent certainement pas là où on l'imagine. Car il y a plus de points communs entre un notaire spécialisé en divorce et un avocat partageant la même spécialité, qu'entre un avocat pénaliste exerçant seul et l'associé spécialiste de M&A d'une firme internationale.

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jeudi 18 mars 2010

17 mars 2010 Adoption en Conseil des Ministre du projet de loi de modernisation des professions judiciaires et juridiques réglementées

Ce projet de loi sera, peut-être, considéré comme une nouvelle pierre à cette « ligne Maginot » par dessus laquelle feignent de se regarder Avocats et Notaires en consacrant l’acte d’avocat. Ce qui pourrait apparaître comme une victoire du Barreau à la Pyrrhus, dans la mesure où : il n’aura pas la force de l’acte authentique, ne leur ouvrira pas le marché des ventes immobilières et qu’en contrepartie, le Notariat a reçu plus de pouvoirs dans l’enregistrement des PACS et des fonctions d’assistance consulaire.

Ce dernier point devant aussi protéger le notariat français contre les "agressions" de la "Commission Européenne" qui, après la tentative avortée d’appliquer la directive "services " au Notariat, a décidé de saisir la Cour de Justice à l'encontre de la France. En effet, elle considère que la clause de nationalité qui limite l’accès au Notariat est contraire à la liberté d'établissement prévue par l'art. 43 du Traité CE et non justifiée au regard de l’art. 45 du Traité CE, qui en excepte les activités participant à l'exercice de l'autorité publique.

« TIMEO DANAOS ET DONA FERENTES »

Je crains les Grecs, même quand ils font des présents.

Virgile, Énéide, liv. II, v. 49.

Mais l’apport majeur de ce texte, ce qui ouvre de réelles perspectives de développement pour l’ensemble des professions juridiques, c’est le basculement qu’opère ce projet de loi.

Avec lui, c’est tout un monde qui se prépare à changer. Les professions juridiques vont voir triompher les pratiques du monde des affaires. Déjà les avocats avaient mutés sous l’effet de l’intégration dans leur « système immunitaire » des « conseils juridiques » et des « cabinets anglo-saxons ». Mais avec cette loi, ce sont l’ensemble des professions du Droit qui vont accélèrer leurs mutation vers la « commercialisation » de leurs formes d’exercice et de pratique.

Car sur ce chemin, deux nouvelles étapes vont être atteintes par cette loi : le développement de "marques juridiques", et le développement de "groupes juridiques".

Jusqu’à présent, pour que le nom propre d’un associé originel soit gardé comme raison sociale par la structure après son départ, il faut pour les SCP et les SEL, que le nom soi précédé de la mention « anciennement » et qu’il y ait parmi les associés au moins une personne ayant exercé la profession avec l’ancien associé dont le nom est maintenu.

Pour assurer la pérennité des cabinets et des études, l’article 19 du projet de loi permet aux sociétés d’exercice de conserver le même nom malgré le changement des associés.

Par ailleurs, l’article 21 du projet de loi propose de lever la condition d’identité des associés entre les structures dès lors que la SPFLP sera minoritaire dans le capital afin de favoriser la constitution des réseaux interprofessionnels.

Mais cela permettrait aussi, par exemple à des gros cabinets internationaux de prendre une participation « minoritaire » dans d’importantes études, à l’occasion du départ d’un associé, tout en gardant la notoriété de chaque « marque ».

lundi 22 février 2010

“And Then There Were None”

Ils étaient cinq et dominaient la jungle, on les appela les « Big Five ».

Mais « Enron » passa par là et lis ne furent plus que quatre;

Ils étaient quatre et dominaient la jungle, on les appela les « Fat Four ».

Mais « Madoff » rodait, ne seront ils plus que trois ? ...

 

“Five little Soldier boys going in for law;

One got in Chancery and then there were four.

Four little Soldier boys going out to sea;

A red herring swallowed one and then there were three.

Three little Soldier boys walking in the zoo;

A big bear hugged one and then there were two.

Two Little Soldier boys sitting in the sun;

One got frizzled up and then there was one;

One little Soldier boy left all alone;

He went out and hanged himself and then there were none”.

"And Then There Were None"

mardi 16 février 2010

LE PERSONAL BRANDING des professionnels du droit et du patrimoine

La migration des modèles est bien connue des juristes, c’est ce mouvement qui voit des mécanismes juridiques s’exporter de pays en pays et témoigner de l’efficacité d’un droit et de la puissance d’une nation. Cette migration se fonde sur deux piliers : la copie et l’analogie. La copie, parce qu’il est plus simple et plus facile de reprendre une technologie que d’avoir à la réinventer en moins bien, et l’analogie parce que, ce qui marche pour l’un peut aussi marcher pour l’autre.

Ainsi, partant du principe que ce qui marche pour une société commerciale, sur un marché concurrentiel pourrait aussi s’appliquer à des professionnels sur ce même marché, et, en poussant l’analogie plus loin, à toute personne dans ses relations « professionnelles » avec autrui, Tom Peters suggéra, dans les années 80 qu’il était temps que chacun se voit comme un « business », afin de prendre en main son propre futur, se réapproprier son environnement de travail et donc mieux vivre au bureau et être plus créatif.

Ainsi naissait le concept de « Personal Branding » ou « Développement de Marque Personnelle » qui présentait le triple intérêt :

(i) d’offrir une nouvelle voie d’épanouissement au travail en permettant à chacun de quitter une position passive (subir des ordres et des contraintes, subir les effets de l’image que l’on projette, de sa réputation…) pour adopter un comportement actif qui conduit à agir comme un travailleur indépendant avec des clients, des fournisseurs, une politique de développement et un plan marketing, ce qui procurera une impression de liberté ;

(ii) d’offrir aux employeurs, des subordonnés heureux, productifs, actifs et réactifs et développant leur goût d’entreprendre pour le plus grand profit de la firme ;

(iii) de donner une nouvelle vie aux principes du marketing ;

Cette migration de modèle trouve un second souffle avec le développement du web et des réseaux sociaux. La disparition quasi-totale des coûts physiques d’édition et de diffusion d’un message, la disponibilité continue du web, la consécration d’internet comme lieu où « il faut être », la surabondance d’offres et la nécessité vitale de se démarquer, l’apparition d’un marché « global » et le besoin « existentiel » de contenu (pour être référencé, pour être visible) a ajouté une nouvelle raison d’être au « Personal Branding » : professionnaliser le web, lui donner une consistance, offrir à chacun la possibilité d’obtenir ses fameuses 15 minutes de gloire, mais surtout permettre à chaque professionnel de planifier sa propre campagne de promotion pour un coût financier minime et un coût horaire exorbitant. Ce qui ne manque pas de soulever quelques interrogations éthiques.

Néanmoins, qu’on y distingue de fabuleuses opportunités ou que l’on se montre réticent à son usage, le professionnel du droit et du patrimoine ne peut ignorer ces mécanismes qui demeurent compatibles avec sa déontologie.

Si l’on applique une méthode cartésienne aux théories anglo-saxonnes du Personnal Branding, la démarche conduisant au développement d’une Marque Personnelle passe par trois phases : l’introspection, la planification et l’exécution.

I. L’INTROSPECTION

La phase d’introspection est le premier pas d’une révolution copernicienne pour le « salarié » ou « collaborateur » (tel le soleil, il n’est plus un satellite et devient l’axe du système) et un réflexe « naturel » chez le créateur d’entreprise. L’idée force du concept de « Personnal Branding » est de se voir, non plus comme le maillon d’une chaîne hiérarchique mais comme une entreprise avec ses clients (ses supérieurs) et ses fournisseurs (ses subordonnés).

Dans un tel cadre, il convient d’évaluer le service rendu (qualité), son prix (coût pour le « client »), le marché (interne à l entreprise, externe), ses propres parts de marché et le moyen de les augmenter.

L’originalité de ce concept est d’ouvrir cette problématique aux salariés ou collaborateurs et de les conduire à se poser les questions : quels sont les services que je rends à mes collègues/associés ? Comment les encourager à s’adresser à moi ?

C’est cette dernière question qui se trouve principalement au cœur de la démarche du développement d’une marque personnelle. Et pour y répondre, les gourous du Personal Branding proposent une méthode :

SOCRATE, LA GRENOUILLE ET LE BOEUF

Partant du postulat que, pour être efficace, la marque personnelle doit être authentique, et pour être authentique, elle doit présenter certaines caractéristiques de la personnalité globale du « support de marque » (vous) ; il convient donc de répondre à l’injonction socratique : Connais toi, toi-même afin de choisir, sans se tromper les traits de caractère que l’on souhaite promouvoir.

Car, comme dans la fable, les grenouilles qui adoptent le « Personal Branding » d’un bœuf finissent par éclater.

Il ne s’agit ni d’une introspection philosophique, ni psychanalytique mais d’une réflexion sur son « identité professionnelle ».

Pour cela, aussi, il faut se défaire de ses préjugés et prendre conscience que :

Nous ne sommes ni l’intitulé de notre poste, ni limités par sa définition.

Une fois ce premier pas établi une méthode consiste à répondre en 15 mots ou moins aux questions suivantes :

i. quels sont les aspects de ma personnalité que je projette ? (à mon avis / selon mes proches)

ii. quelles sont les valeurs morales que j’associe à ma personnalité ? (à mon avis / selon mes proches)

iii. quelles sont mes compétences ? (à mon avis / selon mes proches)

iv. comment me décrirais je ? (à mon avis / selon mes proches)

v. quel est mon style professionnel ? (à mon avis / selon mes proches)

vi. quelles sont les caractéristiques qui me distinguent de mes collègues/concurrents ?

vii. quelles sont mes qualités ?

viii. quelles sont mes plus grandes forces ? (à mon avis / selon mes collègues / selon mes clients)

ix. qu’est ce qui cette semaine / mois m’a distingué des mes collègues ?

x. remettez vous votre travail à temps ? tout le temps ?

xi. offrez vous les services qui répondent aux besoins stratégiques de vos clients ?

xii. est ce que vous anticipez et résolvez les problèmes avant qu’ils n’arrivent ?

xiii. vos clients économisent ils de l’argent et/ou évitent ils des problèmes du simple fait de vous avoir comme conseil ?

xiv. vous exécutez toujours votre projet dans le budget imparti ?

xv. par rapport aux prestations que les autres offrent quel est l’élément remarquable, mesurable, distinguant que vous apportez ?

xvi. quelle est votre valeur ajoutée ?

xvii. de quoi êtes vous le plus fier ?

xviii. quelles sont vos prestations ?

xix. pourquoi rendez vous ces services là ?

xx. quels autres services pourriez vous rendre ?

xxi. quels sont vos objectifs à court terme / moyen terme / long terme ?

xxii. quels sont vos objectifs matériels ? professionnels ? personnels ?

Les réponses à ces questions permettent d’élaborer une esquisse de la marque personnelle qu’il convient d’affiner en la confrontant à l’analyse de ses concurrents (quel est leur positionnement ? quelle image projettent ils ? quelle est leur spécificité ? quel est votre avantage concurrentiel ?) et aux besoins de la clientèle cible.

II. LA PLANIFICATION

L’idée force du « Personal Branding », c’est de créer et de contrôler la façade de votre projet professionnel. Cependant, cela ne consiste pas à faire de l’autopromotion, ni à flatter son ego ni à mentir ou chercher à manipuler.

En fait, le marketing personnel, c’est avoir compris que dans un monde changeant, instable et hostile, les consommateurs cherchent à être rassurés, à pouvoir compter sur la permanence de qualités réelles ou supposées ; que les marques offrent cette sécurité du seul fait de leur existence et de leur permanence, qu’elles offrent aussi un lien émotionnel entre une gamme de services et un client, ce qui renforce sa motivation d’achat ; que le « Personal Branding » est une démarche marketing adaptée aux professions du droit et du patrimoine car il ne s’agit pas de publicité mais de présence et d’existence.

Pour Peter Montoya, une marque personnelle, c’est la projection publique de « certains aspects de la personnalité, certaines capacités ou valeurs, qui stimulent de manière précise la perception que le public a d’une personne, dans un sens voulu ». Cette projection consiste à mettre en avant les éléments de « différentiation » d’une marque personnelle.

Il existe plusieurs thématiques qui peuvent être combinées pour permettre de distinguer une marque d’une autre :

- La compétence (faire preuve d’une vision stratégique … d’une compétence technique)

- Le comportement (leadership, passion, capacité d’écoute, empathie, comportement en adéquation, ou non, avec le stéréotype admis par le client)

- Les missions remplies, les produits et services proposés…

En combinant le produit de l’introspection et le choix des thématiques de différentiation, il devient possible de déterminer les contours d’une marque personnelle, de son message et de son mode d’expression. Il convient alors de déterminer le mélange approprié d’outils de communication adapté à la marque et à son public cible. Puis d’imprimer la trace de cette « marque » sur toute activité en gardant à l’esprit cet adage qui semble fait pour les professions juridiques et patrimoniales :

UNDER PROMISSING / OVER DELIVERING / PROMOTING THE RESULT

III. L’EXECUTION

Le diable, s’habille peut être en Prada, mais se cache surtout dans les détails. Et c’est encore plus vrai en ce qui concerne le Marketing Personnel des professions réglementées dont les codes déontologiques et les usages supportent mal les fautes de goût.

L’efficacité d’une marque suppose son « authenticité » et donc son adéquation avec la personnalité.

Donc vous pourrez, propager votre message, faire vivre votre marque sur tous les supports pertinents. Mais quels qu’ils soient (sites internet, blogs), vous ne manquerez pas de les planifier (pourquoi ce support ? pour quel public ?), de les contrôler (que les photos de vous qui servent à illustrer un article, par exemple, correspondent aux critères de votre marque personnelle) et répétez les.

Travaillez votre personnalité, votre façon d’exercer, pour être en accord avec votre marque et atténuez ces autres parties de vous qui brouillent, parasitent votre message.

TOUT COMPTE

Et enfin, soyez sur, lorsque vous faites la promotion de votre marque personnelle, que tout ce que vous faites, tout ce que vous choisissez de ne pas faire et tout ce que vous n’avez pas conscience d’avoir ou de ne pas avoir fait manifeste les valeurs et les caractéristiques de votre marque…

Il en va de même dans votre vie professionnelle courante… pour votre réputation.

Pour aller plus loin:

http://www.grahamwilson.org/montoya.pdf
http://www.scribd.com/doc/4073290/The-Brand-Called-YouFastCompany-by-Tom-Peters-1997
http://www.blisspr.com/about_us/thought_leadership/full_articles/ps_personal_brand.pdf
http://wwwu.uni-klu.ac.at/knessman/download/milano.pdf
http://conferences.anzmac.org/ANZMAC2007/papers/AHughes_1.pdf

vendredi 13 novembre 2009

L’interprofessionalité : Une opportunité négligée ?

La loi MURCEF du 11 décembre 2001 autorisait les Sociétés d’Exercice Libéral (SEL) à être détenues par des sociétés de participations financières de professions libérales (SPFPL). Des décrets (1) ouvraient cette possibilité de créer des holdings professionnels aux professions judiciaires ou juridiques. Mais, peu d’ordres avaient joué la carte de l’interprofessionnalisation. Seuls les textes sur la profession d’avocat permettaient d’associer également à la SPFPL d’avocats des membres de professions judiciaires ou juridiques (2). Les autres imposaient que les membres de la SPFPL soient de la même profession. Ce qui en limitait l’intérêt.

Il faut dire, qu’en 2000, les affaires Worldcom et Enron défrayaient la chronique Outre-atlantique ce qui conduisait les Etats-Unis à adopter le 31 juillet 2002 (3) le Sarbanes-Oxley Act, à démanteler le cabinet Arthur Andersen, et à produire le dogme de la séparation de l'audit et du conseil et ainsi de mettre un « terme » à l’interprofessionnalisation qui fit la fortune des Big Five. Ce nouveau tabou fut importé en France sous la forme de l’article 104 de la loi de sécurité financière (4). Mais, comme l’indiquait le journal Les Echos le 14 octobre 2008 (5), « Moins de dix ans après les faillites d'Enron et d'Arthur Andersen, un scénario similaire, mutatis mutandis, se rejoue, tonne le patron d'un cabinet mondial de conseil en management. Alors que l'on avait juré, la main sur le coeur, que la transparence et la régulation devaient désormais régner, c'est tout le contraire qui s'est produit. »

 En outre, pour faire suite aux préconisations du rapport Darrois, le décret n° 2009-1142 du 22 septembre 2009 autorise l'ouverture du capital des SPFPL d'huissiers, commissaires-priseurs judiciaires et notaires aux membres des professions judiciaires ou juridiques soumises à un statut législatif ou réglementaire ou dont le titre est protégé.

Cette nouvelle opportunité de reconstituer une interprofessionalité par le biais de l’ingénierie sociétaire (deux sociétés opérationnelles et une holding) qui permettrait, apparemment, de satisfaire au dogme de la séparation de l'audit et du conseil tout en garantissant un multiplicateur de profits (le fameux cross selling) a bien été identifié par les experts comptables. Ainsi dans une interview accordée au journal les Echos (6), le Président du conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, Monsieur Joseph Zorgniotti essaye d’élargir cette brèche à la participation aux SPFPL juridiques à toutes les professions réglementées en déclarant « Il n’existe pas de professions du droit ou du chiffre mais des professions réglementées ».

 Cela montre que l’interprofessionalité aiguise toujours les appétits. Toutefois, comme lors de l’affaire ENRON, un vent venu d’Outre-atlantique risque à nouveau de rafraîchir les ardeurs de certains. En effet, à la suite de la tempête financière, le comité consultatif du Trésor américain, a émis, fin septembre 2008, 30 recommandations, qui, pour Hugues Poissonnier (7), « s'inscrivent clairement dans le sens d'une définition claire et précise du métier d'auditeur. A coup sûr, si ces recommandations sont suivies d'effet aux Etats-Unis, cela aura aussi des répercussions en Europe. »

 Néanmoins, ce nouveau décret offre de réelles perspectives, même s’il demeure douteux que les professions concernées distinguent rapidement tout le parti et le profit qu’elles pourraient tirer de ces dispositions. En effet, selon les statistiques de la Chancellerie, au 1er janvier 2006 (8), il n’existait que 26 SPFPL d’avocats et aucune n’était ouverte à d’autres professions.

(1) D. n° 2004- 199 25 fev. 2004 pour les CPI, D. n° 2007-852 à 2004-856 du 23 août 2004 pour les avocats, avoués, notaires, huissiers et commissaires priseurs

(2) D. n° 2004-852 du 23 août 2004 modifiant le Décret n° 93-492 du 25 mars 1993

(3) Pub. L. No. 107-204, 116 Stat. 745

(4) LSF JO no 177 du 2 août 2003 ; no 2003-706 du 1er août 2003

(5) http://www.lesechos.fr/management/actu/4782529.htm

(6) 15 octobre 2009 (p.9)

(7) Les Echos le 14 octobre 2008 http://www.lesechos.fr/management/actu/4782529.htm

(8) http://www.justice.gouv.fr/art_pix/avocat06-tab.pdf

samedi 17 octobre 2009

Les plafonds de verre des professions libérales - (Chronique 3) – l’Orgueil

Après avoir, comme Dante, traversé les premiers cercles de l’Enfer du développement économique, que sont l’acédie et la gloutonnerie, nous abordons les rivages de l’orgueil, qui est susceptible de pétrifier le développement des entreprises.

L’orgueil :

L’orgueil, comme « estime exagérée de soi et dépréciation d’autrui » (Saint Thomas d’Aquin), serait à la source de tous les maux. Ainsi, il peut conduire : à « s’égo-centrer », à devenir aveugle aux qualités des autres et aux opportunités qu’elles offrent ; à ne pas reconnaître ses défauts, ses erreurs, et ainsi à persister dans des comportements dangereux ; à essayer de projeter une image, qui ne correspond pas à la réalité, à se tromper soi même et induire en erreur les autres.

En matière économique, l’orgueilleux ne voit pas le monde changer, les pratiques évoluer, la mutation des besoins des clients. Et si, comme dans la marine, il faut saluer tout ce qui bouge et repeindre ce qui ne bouge pas, l’orgueil, qui réifie les comportements, risque de faire repeindre votre entreprise d’une couche d’oubli.

De plus cet ego-centrisme rend sourd au rythme des affaires. Or on sait, avec Miyamoto Musashi (le traité des cinq roues), la nécessité de bien saisir les rythmes. En termes de développement d’entreprise, on pourrait traduire cela par l’importance qu’il y a de distinguer les balancements du marché (apparition, disparition de concurrents), de percevoir le tempo des cycles économiques (crise et croissance) et de sentir de nouvelles harmonies (nouveaux produits, tendances, modes). Et comme dans les autres combats, si l’on subit le rythme, parce qu’on ne l’entend pas, on a déjà perdu.

Enfin, l’orgueil, c’est aussi ne pas reconnaître d’autres normes que sa seule volonté. C’est un travers que la finance a bien identifié en prévenant qu’ « on ne peut avoir raison contre le marché ».

Ainsi, l’orgueil, parce qu’il est un enfermement, constitue un frein puissant au développement économique qui suppose par définition, une ouverture, une humilité, un échange avec le client, l’autre… Pour s’en prémunir, on peut s’appuyer, par exemple, sur quelques aphorismes :

- « Le futur appartient à ceux qui voient les possibilités avant qu’elles ne deviennent évidentes » (Theodore LEVITT)

- « Gutenberg n’a pas attendu le développement du marché du livre pour inventer l’imprimerie ». (Nicole NOTAT)

- « Il n’y qu’un seul patron : le client. Et il peut licencier tout le personnel, depuis le directeur jusqu’à l’employé, tout simplement en allant dépenser son argent ailleurs ». (Sam WALTON)

- « Trop souvent, nous mesurons tout et ne comprenons rien. Les trois choses les plus importantes que vous devez mesurer dans un business sont la satisfaction du client, la satisfaction des employés et le cash-flow. Si vous accroissez la satisfaction du client, vous pouvez être sûr que votre part de  marché globale croîtra aussi ». (Jack WELCH)

- « Votre client le moins satisfait est votre meilleure source d’information » (Bill GATES)

- « L’avantage compétitif ultime réside dans la capacité d’une organisation à apprendre et à transformer rapidement ce qu’elle a appris en action ». (Jack WELCH)

- « Partout, aujourd’hui, ceux qui résistent aux changements apprennent très vite – à leurs dépends – qu’ils sont dans l’erreur ». (Regis McKENNA)

lundi 12 octobre 2009

Les plafonds de verre des professions libérales (Chronique 2).

Pour briser le premier plafond de verre, il ne s’agit pas de suivre aveuglément les exhortations de Danton, le 2 septembre 1792, pour sauver la Patrie en danger : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace… » ; mais juste, de ne pas adopter une attitude coupablement timorée, car malgré tout, comme le disait David Stirling, « Who dares Win ».

La différence entre les deux est juste une question de mesure. Mesure dont l’absence est au cœur de notre second « plafond de verre » : la gloutonnerie.

- La Gloutonnerie : Démesure et Aveuglement

La pression fiscale et sociale qui pèse sur la rémunération des professions libérales, leur absence de protection en cas de perte d’emploi et l’attitude des services publics à leur endroit, sont autant de sources de stress pour les entrepreneurs du droit et du patrimoine. Ce stress peut favoriser des comportements néfastes pour le développement de l’entreprise et paradoxalement, empêcher les professions libérales de sécuriser leur mode d’exercice.

Ainsi le caractère incertain des flux financiers, le mode de calcul et de paiement des prélèvements fiscaux et sociaux renforcent la peur légitime de ne pas pouvoir, d’une année sur l’autre, assurer son train de vie. Or cette peur peut générer l’envie de faire remonter dans son patrimoine l’essentiel des revenus de son activité sans réinvestir suffisamment dans son « outil de travail ». Ces comportements, lorsqu'ils atteignent des proportions démesurées, constituent alors des freins au développement de l'entreprise.

En outre, la peur de « manquer » justifie aussi une pratique malthusienne de « l’association ». Celle qui fait considérer que développer l’association c’est réduire la part du gâteau. Alors que, comme la flûte de champagne qui l’accompagne si bien, et que l’on verra « à-moitié-pleine », cela peut aussi être : augmenter la taille du gâteau. Ce qui, mécaniquement, et malgré l’augmentation du nombre de parts, peut augmenter le nombre de bouchées de chacun des convives.

Cette peur qui aveugle fait aussi lâcher la proie pour l’ombre. C’est elle qui conduit à privilégier un gain à court terme à la réalisation d’objectifs d’entreprise comme : l’adoption d’un statut permettant de garder des réserves suffisantes pour faire face, sereinement, à ses charges, l’obtention de la « taille critique », l’acquisition d’outils modernes, source de gains de productivité et de développement …

Pour briser ce plafond de verre il faudrait recourir à la MEDIOCRITE (1)(2). Cette notion théorisée par Aristote et qui fut l’ambition des honnêtes hommes du XVIe siècle, qui est aussi le « juste milieu » ; l'espace qui sépare le manque du trop-plein ; comme l’est, par exemple, le courage, qui constitue le point d'équilibre entre la lâcheté et la témérité.

Et du courage il en faut, pour éviter l’acédie, le penchant tellement humain de la gloutonnerie(...), et savoir que pour obéir à Guizot, il faudra certes du « travail, de l’épargne et de la probité », mais surtout garder une juste mesure en toute chose.

 

(1) Emmanuel NAYA, Anne-Pascale POUEY-MOUNOU : « Éloge de la médiocrité le juste milieu à la renaissance », Ed. Rue D'ulm, Coll. Coup D'essai, 2005

(2) Tristan Vigliano : « Humanisme et juste milieu au siècle de Rabelais, essai de critique illusoire », Belles lettres, Paris collection Le miroir des humanistes , numéro 10, parution, septembre 2009

jeudi 8 octobre 2009

Les plafonds de verre des professions libérales (Chronique 1).

Dans l’absolu, les professions juridiques ont assez peu besoin d’investissements pour se développer : pas de machines outil onéreuses, peu de matières premières. Elles ont surtout besoin de matière grise. On pourrait donc croire qu’il leur est facile de croître.

 Or il n’en est rien. L’une des pépites qui ressort des discussions, souvent âpres, autour de la Commission Darrois, a été d’identifier le «mode d’exercice» des professions juridiques comme une entrave à leur croissance. Cette façon anti-économique et malthusienne d’organiser leur activité, que partagent, pour l’essentiel, toutes les professions libérales, les empêche d’acquérir une stature régionale, nationale, internationale, source de véritable richesse.

Ce plafond de verre est supporté par des piliers, qui sont autant de « péchés capitaux » contre la croissance et que l’on peut librement adapter des vices identifiés par Saint Thomas d’Aquin (Somme théologique (summa theologica), question 84, Prima secundae). Chacune de ces entraves au développement sera l’occasion d’une chronique dont l’ambition n’est ni de stigmatiser, ni prétendre révéler une sagesse cachée mais simplement de mettre en lumière une problématique et de proposer des pistes de réflexions.

- L’Acédie : La paresse morale

La paresse morale, dans le contexte des professions juridiques et patrimoniales, c’est se contenter de l’exercice routinier de son monopole, de sa stricte spécialité. C’est refuser de vivre les évolutions techniques. Hier c’était le téléphone pour ses salariés (que de jurisprudence sur l'usage personnel d'un téléphone professionnel !), le fax, l’ordinateur, les logiciels… Aujourd’hui c’est encore: un accès internet et des adresses mail pour chacun de ses collaborateurs, un site internet pour son entreprise, un espace numérique collaboratif pour ses clients...

L'acédie c'est ici, refuser d'envisager d'autres façons de travailler : le télétravail et les plateformes intranet sécurisées, la création de postes liés à la « qualité » et aux certifications, à la communication et aux RP; la création de fonctions de "business developpement manager", de recouvrement, de contrôle de gestion, de relations humaines... Toutes ces fonctions qu'il n'y a pas à inventer, car elles ont déjà fait leur preuves depuis le XX éme siècle dans le reste du monde économique, mais qu'il faut juste acclimater.

La paresse morale c’est de ne pas rechercher les nouveaux services que l’on pourrait rendre mais de se contracter sur ceux que l’on connaît déjà, ceux qui demandent peu d’investissement, ceux qui sont tout de suite les plus rémunérateurs. C’est aussi refuser de tirer les leçons de l’expérience. C’est croire que « les arbres montent jusqu’au ciel ». C’est de ne pas être prêt à une chute de 40% de son chiffre d’affaires. C’est faire faire à ses salariés des exercices d’alerte incendie, mais de ne pas envisager de « stress test » sur son activité économique.

L’acédie, c’est enfin se complaire dans une myopie managériale. C'est gouverner à l’aveugle, ne pas avoir d’objectifs précis à court, moyen et long terme, de plan A et de plan B ... et de s’en satisfaire.

A ce vice, on pourrait opposer une vertu. Un antidote. La curiosité par exemple. Cette démarche qui pousse à s’interroger sur sa propre pratique, en examinant ses procédures, la qualité de ses services, la justification de leurs coûts, la composition de sa clientèle, ses motifs de contrariété ou de satisfaction, ses attentes… Mais aussi l’analyse régulière du contexte technique (matériel, juridique, fiscal, patrimonial, financier…) et général (effets de modes, tendances économiques, nouveaux produits…).

Lutter contre l’enkystement professionnel passe peut être aussi par l’adoption de la formule d’Emile de Girardin : «Gouverner c’est prévoir» en lui adjoignant celle du Duc Gaston de Lévis : « Gouverner, c'est choisir ».

Être curieux pour prévoir et être résolu pour agir, ce sont des qualités que vous avez déjà, puisque vous lisez ces lignes.

 

(A suivre) La Gloutonnerie : La Démesure et l’Aveuglement

lundi 21 septembre 2009

"La guerre du Droit n'aura pas lieu"

Après l'adoption du rapport Darrois, on fourbi les armes, les boucliers brillent, et les troupes manœuvrent dans la plaine à propos de "l'acte d'avocat". Et tout cela, sans doute, pour de mauvaises raisons.

Certains veulent voir dans cet "acte sous signature" un "acte authentique" du pauvre, d'autre un cheval de Troie susceptible de mettre à mal les droits romano-germaniques. On peut penser qu'il n'en est rien. Que cet acte ne révolutionnera rien, que cette flèche manque sa cible.

Car, quelle est la cible ? Ce n'est pas la force probante des écrits en tout cas. C'est plutôt le marché du "conseil juridique", de la "consultation". Ce marché qui ne fait l'objet d'aucun "monopole" et qui, au contraire, est accessible à "presque tous" et à pratiquement "n'importe qui" du fait de la "règle de l'accessoire".

Cette bataille, sans cesse évitée, ce combat, toujours reporté, pour des raisons obscures et des victoires ordinales à la Pyrrhus, celle qui peut seule assurer le développement des métiers du droit et non de quelques rares mastodontes parisiens, c'est la "règle de l'accessoire". Cette règle qui permet à des officines, des associations, ou même des banques et des assurances... de démonétiser le "conseil juridique" en noyant son coût dans les frais de gestions ou autres commissions. Et qui, si l'on y mettait fin en disposant clairement que seules les professions juridiques sont autorisées à prodiguer des conseils juridiques, renforcerait la sécurité juridique de nos concitoyens et permettrait le développement de PME juridiques françaises en établissant que seul des professionnels responsables et assurés donnent des conseils et que le prix du conseil est clairement établi. Après tout, l'exercice de la médecine est bien protégé et il ne viendrait à l'idée de personne de demander à un boucher d'opérer.

Et la flèche? que vise t elle? Hé bien dans ces grandes manœuvres qui tournent autour de l'acte de vente immobilière qui s'oppose si ce n'est quelques rares cabinets anglo-saxons installés à Paris et quelques rares études parisiennes. Car, l'objet du débat, ce ne sont pas les ventes de caves, mais celles de tours entières. Et ce débat ne concerne ni les avocats individuels ni les petites études. 

Alors, doit on faire une loi pour une petite dizaine d'entreprises, qui emploient si peu de personnes ? Doit on mettre le feu aux villes et aux campagnes pour le bénéfice exclusif de quelques uns? Ou faudrait il enfin donner aux professionnels du droit les moyens de développer leur pratique, de regrouper leur moyens afin d'établir des PME du droit qui grossiront pour assurer la stabilité de ce marché et enrayer la règle qui veut que 20% des entreprises font 80% du chiffre d'affaire dont on a vu la dangerosité avec l'effondrement des géants financiers d'Outre-Atlantique.