La migration des modèles est
bien connue des juristes, c’est ce mouvement qui voit des mécanismes juridiques
s’exporter de pays en pays et témoigner de l’efficacité d’un droit et de la
puissance d’une nation. Cette migration se fonde sur deux piliers : la
copie et l’analogie. La copie, parce qu’il est plus simple et plus
facile de reprendre une technologie que d’avoir à la réinventer en moins bien,
et l’analogie parce que, ce qui marche pour l’un peut aussi marcher
pour l’autre.
Ainsi, partant du principe
que ce qui marche pour une société commerciale, sur un marché concurrentiel
pourrait aussi s’appliquer à des professionnels sur ce même marché, et, en
poussant l’analogie plus loin, à toute personne dans ses relations
« professionnelles » avec autrui, Tom Peters suggéra, dans les années
80 qu’il était temps que chacun se voit comme un « business »,
afin de prendre en main son propre futur, se réapproprier son environnement de
travail et donc mieux vivre au bureau et être plus créatif.
Ainsi naissait le concept de « Personal
Branding » ou « Développement de Marque
Personnelle » qui présentait le triple intérêt :
(i)
d’offrir une nouvelle voie d’épanouissement au travail en permettant à chacun
de quitter une position passive (subir des ordres et des contraintes, subir les
effets de l’image que l’on projette, de sa réputation…) pour adopter un
comportement actif qui conduit à agir comme un travailleur indépendant avec des
clients, des fournisseurs, une politique de développement et un plan marketing,
ce qui procurera une impression de liberté ;
(ii)
d’offrir aux employeurs, des subordonnés heureux, productifs, actifs et
réactifs et développant leur goût d’entreprendre pour le plus grand profit de
la firme ;
(iii) de
donner une nouvelle vie aux principes du marketing ;
Cette migration de modèle
trouve un second souffle avec le développement du web et des réseaux sociaux.
La disparition quasi-totale des coûts physiques d’édition et de diffusion d’un
message, la disponibilité continue du web, la consécration d’internet comme
lieu où « il faut être », la surabondance d’offres et la
nécessité vitale de se démarquer, l’apparition d’un marché « global »
et le besoin « existentiel » de contenu (pour être référencé, pour
être visible) a ajouté une nouvelle raison d’être au « Personal
Branding » : professionnaliser le web, lui donner une
consistance, offrir à chacun la possibilité d’obtenir ses fameuses
15 minutes de gloire, mais surtout permettre à chaque
professionnel de planifier sa propre campagne de promotion pour un coût
financier minime et un coût horaire exorbitant. Ce qui ne manque pas de
soulever quelques interrogations éthiques.
Néanmoins, qu’on y distingue
de fabuleuses opportunités ou que l’on se montre réticent à son usage, le
professionnel du droit et du patrimoine ne peut ignorer ces mécanismes qui
demeurent compatibles avec sa déontologie.
Si l’on applique une méthode
cartésienne aux théories anglo-saxonnes du Personnal Branding,
la démarche conduisant au développement d’une Marque
Personnelle passe par trois phases : l’introspection, la planification et
l’exécution.
I.
L’INTROSPECTION
La phase d’introspection est
le premier pas d’une révolution copernicienne pour le
« salarié » ou « collaborateur » (tel le soleil, il n’est
plus un satellite et devient l’axe du système) et un réflexe
« naturel » chez le créateur d’entreprise. L’idée force du concept de
« Personnal Branding » est de se voir, non plus comme le
maillon d’une chaîne hiérarchique mais comme une entreprise avec ses clients
(ses supérieurs) et ses fournisseurs (ses subordonnés).
Dans un tel cadre, il
convient d’évaluer le service rendu (qualité), son prix (coût pour le
« client »), le marché (interne à l entreprise, externe), ses propres
parts de marché et le moyen de les augmenter.
L’originalité de ce concept
est d’ouvrir cette problématique aux salariés ou collaborateurs et de les
conduire à se poser les questions : quels sont les services que je rends à
mes collègues/associés ? Comment les encourager à s’adresser à
moi ?
C’est cette dernière question
qui se trouve principalement au cœur de la démarche du développement d’une
marque personnelle. Et pour y répondre, les gourous du Personal
Branding proposent une méthode :
SOCRATE, LA GRENOUILLE
ET LE BOEUF
Partant du postulat que, pour
être efficace, la marque personnelle doit être authentique, et pour être
authentique, elle doit présenter certaines caractéristiques de la personnalité
globale du « support de marque » (vous) ; il convient donc de
répondre à l’injonction socratique : Connais toi, toi-même afin de
choisir, sans se tromper les traits de caractère que l’on souhaite
promouvoir.
Car, comme dans la fable, les
grenouilles qui adoptent le « Personal Branding » d’un
bœuf finissent par éclater.
Il ne s’agit ni d’une
introspection philosophique, ni psychanalytique mais d’une réflexion sur son
« identité professionnelle ».
Pour cela, aussi, il faut se
défaire de ses préjugés et prendre conscience que :
Nous ne sommes ni
l’intitulé de notre poste, ni limités par sa définition.
Une fois ce premier pas
établi une méthode consiste à répondre en 15 mots ou moins aux questions
suivantes :
i. quels
sont les aspects de ma personnalité que je projette ? (à mon avis / selon
mes proches)
ii.
quelles sont les valeurs morales que j’associe à ma personnalité ? (à mon
avis / selon mes proches)
iii.
quelles sont mes compétences ? (à mon avis / selon mes proches)
iv.
comment me décrirais je ? (à mon avis / selon mes proches)
v. quel
est mon style professionnel ? (à mon avis / selon mes proches)
vi.
quelles sont les caractéristiques qui me distinguent de mes
collègues/concurrents ?
vii.
quelles sont mes qualités ?
viii.
quelles sont mes plus grandes forces ? (à mon avis / selon mes collègues /
selon mes clients)
ix.
qu’est ce qui cette semaine / mois m’a distingué des mes collègues ?
x.
remettez vous votre travail à temps ? tout le temps ?
xi.
offrez vous les services qui répondent aux besoins stratégiques de vos
clients ?
xii. est
ce que vous anticipez et résolvez les problèmes avant qu’ils
n’arrivent ?
xiii.
vos clients économisent ils de l’argent et/ou évitent ils des problèmes du
simple fait de vous avoir comme conseil ?
xiv.
vous exécutez toujours votre projet dans le budget imparti ?
xv. par
rapport aux prestations que les autres offrent quel est l’élément remarquable,
mesurable, distinguant que vous apportez ?
xvi.
quelle est votre valeur ajoutée ?
xvii. de
quoi êtes vous le plus fier ?
xviii.
quelles sont vos prestations ?
xix.
pourquoi rendez vous ces services là ?
xx.
quels autres services pourriez vous rendre ?
xxi.
quels sont vos objectifs à court terme / moyen terme / long terme ?
xxii.
quels sont vos objectifs matériels ? professionnels ?
personnels ?
Les réponses à ces questions
permettent d’élaborer une esquisse de la marque personnelle qu’il convient
d’affiner en la confrontant à l’analyse de ses concurrents (quel est leur
positionnement ? quelle image projettent ils ? quelle est leur
spécificité ? quel est votre avantage concurrentiel ?) et aux besoins
de la clientèle cible.
II. LA
PLANIFICATION
L’idée force du
« Personal Branding », c’est de créer et de
contrôler la façade de votre projet professionnel. Cependant, cela ne consiste
pas à faire de l’autopromotion, ni à flatter son ego ni à mentir ou chercher à
manipuler.
En fait, le marketing
personnel, c’est avoir compris que dans un monde changeant, instable
et hostile, les consommateurs cherchent à être rassurés, à pouvoir compter sur
la permanence de qualités réelles ou supposées ; que les marques offrent
cette sécurité du seul fait de leur existence et de leur permanence, qu’elles
offrent aussi un lien émotionnel entre une gamme de services et un client, ce
qui renforce sa motivation d’achat ; que le « Personal
Branding » est une démarche marketing adaptée aux professions du
droit et du patrimoine car il ne s’agit pas de publicité mais de présence et
d’existence.
Pour Peter
Montoya, une marque personnelle, c’est la projection publique de
« certains aspects de la personnalité, certaines capacités ou valeurs,
qui stimulent de manière précise la perception que le public a d’une personne,
dans un sens voulu ». Cette projection consiste à mettre en avant les
éléments de « différentiation » d’une marque personnelle.
Il existe plusieurs
thématiques qui peuvent être combinées pour permettre de distinguer une marque
d’une autre :
- La compétence (faire preuve
d’une vision stratégique … d’une compétence technique)
- Le comportement
(leadership, passion, capacité d’écoute, empathie, comportement en adéquation,
ou non, avec le stéréotype admis par le client)
- Les missions remplies, les
produits et services proposés…
En combinant le produit de
l’introspection et le choix des thématiques de différentiation, il devient
possible de déterminer les contours d’une marque personnelle, de son message et
de son mode d’expression. Il convient alors de déterminer le mélange approprié
d’outils de communication adapté à la marque et à son public cible. Puis
d’imprimer la trace de cette « marque » sur toute activité en gardant
à l’esprit cet adage qui semble fait pour les professions juridiques et
patrimoniales :
UNDER PROMISSING / OVER DELIVERING / PROMOTING THE
RESULT
III.
L’EXECUTION
Le diable, s’habille peut
être en Prada, mais se cache surtout dans les détails. Et c’est encore plus
vrai en ce qui concerne le Marketing Personnel des professions
réglementées dont les codes déontologiques et les usages supportent mal les
fautes de goût.
L’efficacité d’une marque
suppose son « authenticité » et donc son adéquation avec la
personnalité.
Donc vous pourrez, propager
votre message, faire vivre votre marque sur tous les supports pertinents. Mais
quels qu’ils soient (sites internet, blogs), vous ne manquerez pas de les
planifier (pourquoi ce support ? pour quel public ?), de les
contrôler (que les photos de vous qui servent à illustrer un article, par
exemple, correspondent aux critères de votre marque personnelle) et répétez
les.
Travaillez votre
personnalité, votre façon d’exercer, pour être en accord avec votre marque et
atténuez ces autres parties de vous qui brouillent, parasitent votre
message.
TOUT
COMPTE
Et enfin, soyez sur, lorsque
vous faites la promotion de votre marque personnelle, que tout ce que vous
faites, tout ce que vous choisissez de ne pas faire et tout ce que vous n’avez
pas conscience d’avoir ou de ne pas avoir fait manifeste les valeurs et les
caractéristiques de votre marque…
Il en va de même dans votre
vie professionnelle courante… pour votre réputation.
Pour
aller plus loin:
http://www.grahamwilson.org/montoya.pdf
http://www.scribd.com/doc/4073290/The-Brand-Called-YouFastCompany-by-Tom-Peters-1997
http://www.blisspr.com/about_us/thought_leadership/full_articles/ps_personal_brand.pdf
http://wwwu.uni-klu.ac.at/knessman/download/milano.pdf
http://conferences.anzmac.org/ANZMAC2007/papers/AHughes_1.pdf