Après l'adoption du rapport Darrois, on fourbi les armes, les
boucliers brillent, et les troupes manœuvrent dans la plaine à propos de
"l'acte d'avocat". Et tout cela, sans doute, pour de mauvaises raisons.
Certains veulent voir dans cet "acte sous
signature" un "acte authentique" du pauvre, d'autre un cheval de Troie
susceptible de mettre à mal les droits romano-germaniques. On peut penser qu'il
n'en est rien. Que cet acte ne révolutionnera rien, que cette flèche manque sa
cible.
Car, quelle est la cible ? Ce n'est pas la
force probante des écrits en tout cas. C'est plutôt le marché du "conseil
juridique", de la "consultation". Ce marché qui ne fait l'objet d'aucun
"monopole" et qui, au contraire, est accessible à "presque tous" et à
pratiquement "n'importe qui" du fait de la "règle de l'accessoire".
Cette bataille, sans cesse évitée, ce combat,
toujours reporté, pour des raisons obscures et des victoires ordinales à la
Pyrrhus, celle qui peut seule assurer le développement des métiers du droit et
non de quelques rares mastodontes parisiens, c'est la "règle de l'accessoire".
Cette règle qui permet à des officines, des associations, ou même des banques
et des assurances... de démonétiser le "conseil juridique" en noyant son coût
dans les frais de gestions ou autres commissions. Et qui, si l'on y mettait fin
en disposant clairement que seules les professions juridiques sont autorisées à
prodiguer des conseils juridiques, renforcerait la sécurité juridique de nos
concitoyens et permettrait le développement de PME juridiques françaises en
établissant que seul des professionnels responsables et assurés donnent des
conseils et que le prix du conseil est clairement établi. Après tout,
l'exercice de la médecine est bien protégé et il ne viendrait à l'idée de
personne de demander à un boucher d'opérer.
Et la flèche? que vise t elle? Hé bien dans ces
grandes manœuvres qui tournent autour de l'acte de vente immobilière qui
s'oppose si ce n'est quelques rares cabinets anglo-saxons installés à Paris et
quelques rares études parisiennes. Car, l'objet du débat, ce ne sont pas les
ventes de caves, mais celles de tours entières. Et ce débat ne concerne ni les
avocats individuels ni les petites études.
Alors, doit on faire une loi pour une petite
dizaine d'entreprises, qui emploient si peu de personnes ? Doit on mettre le
feu aux villes et aux campagnes pour le bénéfice exclusif de quelques uns? Ou
faudrait il enfin donner aux professionnels du droit les moyens de développer
leur pratique, de regrouper leur moyens afin d'établir des PME du droit qui
grossiront pour assurer la stabilité de ce marché et enrayer la règle qui veut
que 20% des entreprises font 80% du chiffre d'affaire dont on a vu la
dangerosité avec l'effondrement des géants financiers d'Outre-Atlantique.