Pour briser le premier plafond de verre, il ne s’agit pas de suivre aveuglément les exhortations de Danton, le 2 septembre 1792, pour sauver la Patrie en danger : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace… » ; mais juste, de ne pas adopter une attitude coupablement timorée, car malgré tout, comme le disait David Stirling, « Who dares Win ».
La différence entre les deux est juste une question de mesure. Mesure dont l’absence est au cœur de notre second « plafond de verre » : la gloutonnerie.
- La Gloutonnerie : Démesure et Aveuglement
La pression fiscale et sociale qui pèse sur la rémunération des professions libérales, leur absence de protection en cas de perte d’emploi et l’attitude des services publics à leur endroit, sont autant de sources de stress pour les entrepreneurs du droit et du patrimoine. Ce stress peut favoriser des comportements néfastes pour le développement de l’entreprise et paradoxalement, empêcher les professions libérales de sécuriser leur mode d’exercice.
Ainsi le caractère incertain des flux financiers, le mode de calcul et de paiement des prélèvements fiscaux et sociaux renforcent la peur légitime de ne pas pouvoir, d’une année sur l’autre, assurer son train de vie. Or cette peur peut générer l’envie de faire remonter dans son patrimoine l’essentiel des revenus de son activité sans réinvestir suffisamment dans son « outil de travail ». Ces comportements, lorsqu'ils atteignent des proportions démesurées, constituent alors des freins au développement de l'entreprise.
En outre, la peur de « manquer » justifie aussi une pratique malthusienne de « l’association ». Celle qui fait considérer que développer l’association c’est réduire la part du gâteau. Alors que, comme la flûte de champagne qui l’accompagne si bien, et que l’on verra « à-moitié-pleine », cela peut aussi être : augmenter la taille du gâteau. Ce qui, mécaniquement, et malgré l’augmentation du nombre de parts, peut augmenter le nombre de bouchées de chacun des convives.
Cette peur qui aveugle fait aussi lâcher la proie pour l’ombre. C’est elle qui conduit à privilégier un gain à court terme à la réalisation d’objectifs d’entreprise comme : l’adoption d’un statut permettant de garder des réserves suffisantes pour faire face, sereinement, à ses charges, l’obtention de la « taille critique », l’acquisition d’outils modernes, source de gains de productivité et de développement …
Pour briser ce plafond de verre il faudrait recourir à la MEDIOCRITE (1)(2). Cette notion théorisée par Aristote et qui fut l’ambition des honnêtes hommes du XVIe siècle, qui est aussi le « juste milieu » ; l'espace qui sépare le manque du trop-plein ; comme l’est, par exemple, le courage, qui constitue le point d'équilibre entre la lâcheté et la témérité.
Et du courage il en faut, pour éviter l’acédie, le penchant tellement humain de la gloutonnerie(...), et savoir que pour obéir à Guizot, il faudra certes du « travail, de l’épargne et de la probité », mais surtout garder une juste mesure en toute chose.
(1) Emmanuel NAYA, Anne-Pascale POUEY-MOUNOU : « Éloge de la médiocrité le juste milieu à la renaissance », Ed. Rue D'ulm, Coll. Coup D'essai, 2005
(2) Tristan Vigliano : « Humanisme et juste milieu au siècle de Rabelais, essai de critique illusoire », Belles lettres, Paris collection Le miroir des humanistes , numéro 10, parution, septembre 2009