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Tag - professions juridiques

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vendredi 13 novembre 2009

L’interprofessionalité : Une opportunité négligée ?

La loi MURCEF du 11 décembre 2001 autorisait les Sociétés d’Exercice Libéral (SEL) à être détenues par des sociétés de participations financières de professions libérales (SPFPL). Des décrets (1) ouvraient cette possibilité de créer des holdings professionnels aux professions judiciaires ou juridiques. Mais, peu d’ordres avaient joué la carte de l’interprofessionnalisation. Seuls les textes sur la profession d’avocat permettaient d’associer également à la SPFPL d’avocats des membres de professions judiciaires ou juridiques (2). Les autres imposaient que les membres de la SPFPL soient de la même profession. Ce qui en limitait l’intérêt.

Il faut dire, qu’en 2000, les affaires Worldcom et Enron défrayaient la chronique Outre-atlantique ce qui conduisait les Etats-Unis à adopter le 31 juillet 2002 (3) le Sarbanes-Oxley Act, à démanteler le cabinet Arthur Andersen, et à produire le dogme de la séparation de l'audit et du conseil et ainsi de mettre un « terme » à l’interprofessionnalisation qui fit la fortune des Big Five. Ce nouveau tabou fut importé en France sous la forme de l’article 104 de la loi de sécurité financière (4). Mais, comme l’indiquait le journal Les Echos le 14 octobre 2008 (5), « Moins de dix ans après les faillites d'Enron et d'Arthur Andersen, un scénario similaire, mutatis mutandis, se rejoue, tonne le patron d'un cabinet mondial de conseil en management. Alors que l'on avait juré, la main sur le coeur, que la transparence et la régulation devaient désormais régner, c'est tout le contraire qui s'est produit. »

 En outre, pour faire suite aux préconisations du rapport Darrois, le décret n° 2009-1142 du 22 septembre 2009 autorise l'ouverture du capital des SPFPL d'huissiers, commissaires-priseurs judiciaires et notaires aux membres des professions judiciaires ou juridiques soumises à un statut législatif ou réglementaire ou dont le titre est protégé.

Cette nouvelle opportunité de reconstituer une interprofessionalité par le biais de l’ingénierie sociétaire (deux sociétés opérationnelles et une holding) qui permettrait, apparemment, de satisfaire au dogme de la séparation de l'audit et du conseil tout en garantissant un multiplicateur de profits (le fameux cross selling) a bien été identifié par les experts comptables. Ainsi dans une interview accordée au journal les Echos (6), le Président du conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, Monsieur Joseph Zorgniotti essaye d’élargir cette brèche à la participation aux SPFPL juridiques à toutes les professions réglementées en déclarant « Il n’existe pas de professions du droit ou du chiffre mais des professions réglementées ».

 Cela montre que l’interprofessionalité aiguise toujours les appétits. Toutefois, comme lors de l’affaire ENRON, un vent venu d’Outre-atlantique risque à nouveau de rafraîchir les ardeurs de certains. En effet, à la suite de la tempête financière, le comité consultatif du Trésor américain, a émis, fin septembre 2008, 30 recommandations, qui, pour Hugues Poissonnier (7), « s'inscrivent clairement dans le sens d'une définition claire et précise du métier d'auditeur. A coup sûr, si ces recommandations sont suivies d'effet aux Etats-Unis, cela aura aussi des répercussions en Europe. »

 Néanmoins, ce nouveau décret offre de réelles perspectives, même s’il demeure douteux que les professions concernées distinguent rapidement tout le parti et le profit qu’elles pourraient tirer de ces dispositions. En effet, selon les statistiques de la Chancellerie, au 1er janvier 2006 (8), il n’existait que 26 SPFPL d’avocats et aucune n’était ouverte à d’autres professions.

(1) D. n° 2004- 199 25 fev. 2004 pour les CPI, D. n° 2007-852 à 2004-856 du 23 août 2004 pour les avocats, avoués, notaires, huissiers et commissaires priseurs

(2) D. n° 2004-852 du 23 août 2004 modifiant le Décret n° 93-492 du 25 mars 1993

(3) Pub. L. No. 107-204, 116 Stat. 745

(4) LSF JO no 177 du 2 août 2003 ; no 2003-706 du 1er août 2003

(5) http://www.lesechos.fr/management/actu/4782529.htm

(6) 15 octobre 2009 (p.9)

(7) Les Echos le 14 octobre 2008 http://www.lesechos.fr/management/actu/4782529.htm

(8) http://www.justice.gouv.fr/art_pix/avocat06-tab.pdf

jeudi 8 octobre 2009

Les plafonds de verre des professions libérales (Chronique 1).

Dans l’absolu, les professions juridiques ont assez peu besoin d’investissements pour se développer : pas de machines outil onéreuses, peu de matières premières. Elles ont surtout besoin de matière grise. On pourrait donc croire qu’il leur est facile de croître.

 Or il n’en est rien. L’une des pépites qui ressort des discussions, souvent âpres, autour de la Commission Darrois, a été d’identifier le «mode d’exercice» des professions juridiques comme une entrave à leur croissance. Cette façon anti-économique et malthusienne d’organiser leur activité, que partagent, pour l’essentiel, toutes les professions libérales, les empêche d’acquérir une stature régionale, nationale, internationale, source de véritable richesse.

Ce plafond de verre est supporté par des piliers, qui sont autant de « péchés capitaux » contre la croissance et que l’on peut librement adapter des vices identifiés par Saint Thomas d’Aquin (Somme théologique (summa theologica), question 84, Prima secundae). Chacune de ces entraves au développement sera l’occasion d’une chronique dont l’ambition n’est ni de stigmatiser, ni prétendre révéler une sagesse cachée mais simplement de mettre en lumière une problématique et de proposer des pistes de réflexions.

- L’Acédie : La paresse morale

La paresse morale, dans le contexte des professions juridiques et patrimoniales, c’est se contenter de l’exercice routinier de son monopole, de sa stricte spécialité. C’est refuser de vivre les évolutions techniques. Hier c’était le téléphone pour ses salariés (que de jurisprudence sur l'usage personnel d'un téléphone professionnel !), le fax, l’ordinateur, les logiciels… Aujourd’hui c’est encore: un accès internet et des adresses mail pour chacun de ses collaborateurs, un site internet pour son entreprise, un espace numérique collaboratif pour ses clients...

L'acédie c'est ici, refuser d'envisager d'autres façons de travailler : le télétravail et les plateformes intranet sécurisées, la création de postes liés à la « qualité » et aux certifications, à la communication et aux RP; la création de fonctions de "business developpement manager", de recouvrement, de contrôle de gestion, de relations humaines... Toutes ces fonctions qu'il n'y a pas à inventer, car elles ont déjà fait leur preuves depuis le XX éme siècle dans le reste du monde économique, mais qu'il faut juste acclimater.

La paresse morale c’est de ne pas rechercher les nouveaux services que l’on pourrait rendre mais de se contracter sur ceux que l’on connaît déjà, ceux qui demandent peu d’investissement, ceux qui sont tout de suite les plus rémunérateurs. C’est aussi refuser de tirer les leçons de l’expérience. C’est croire que « les arbres montent jusqu’au ciel ». C’est de ne pas être prêt à une chute de 40% de son chiffre d’affaires. C’est faire faire à ses salariés des exercices d’alerte incendie, mais de ne pas envisager de « stress test » sur son activité économique.

L’acédie, c’est enfin se complaire dans une myopie managériale. C'est gouverner à l’aveugle, ne pas avoir d’objectifs précis à court, moyen et long terme, de plan A et de plan B ... et de s’en satisfaire.

A ce vice, on pourrait opposer une vertu. Un antidote. La curiosité par exemple. Cette démarche qui pousse à s’interroger sur sa propre pratique, en examinant ses procédures, la qualité de ses services, la justification de leurs coûts, la composition de sa clientèle, ses motifs de contrariété ou de satisfaction, ses attentes… Mais aussi l’analyse régulière du contexte technique (matériel, juridique, fiscal, patrimonial, financier…) et général (effets de modes, tendances économiques, nouveaux produits…).

Lutter contre l’enkystement professionnel passe peut être aussi par l’adoption de la formule d’Emile de Girardin : «Gouverner c’est prévoir» en lui adjoignant celle du Duc Gaston de Lévis : « Gouverner, c'est choisir ».

Être curieux pour prévoir et être résolu pour agir, ce sont des qualités que vous avez déjà, puisque vous lisez ces lignes.

 

(A suivre) La Gloutonnerie : La Démesure et l’Aveuglement